Québec est ce que l'Amérique du Nord a de plus proche d'une capitale européenne fortifiée. Samuel de Champlain y planta son poste de traite au bord du fleuve en 1608, et la ville qui grimpa la falaise du cap Diamant est toujours ceinte de 4,6 km de remparts — la seule ville fortifiée intacte au nord du Mexique, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1985. Le français est la langue de la rue, les hivers ne plaisantent pas, et le vieux quartier est assez petit pour qu'un toit de cuivre ou un canon ne soit jamais à plus de quelques minutes.
C'est aussi une ville qui récompense ceux qui écoutent. Presque chaque coin du Vieux-Québec a son histoire — un siège, un incendie, un gouverneur, un baron du chemin de fer — et nos audioguides en visite libre vous laissent entendre ces histoires devant les pierres elles-mêmes, à votre rythme et dans l'ordre que permettent les côtes et la météo.
Commencez sur la terrasse Dufferin
Le point de départ naturel est la longue promenade de bois de la terrasse Dufferin, suspendue au-dessus du Saint-Laurent, avec le fleuve, la rive de Lévis et l'île d'Orléans étalés en contrebas. Derrière vous se dresse le Fairmont Le Château Frontenac, l'hôtel ferroviaire de style château que le Canadien Pacifique ouvrit en 1893 sur les plans de Bruce Price ; sa tour centrale date de 1926, et en 1943 et 1944 Churchill, Roosevelt et Mackenzie King s'y retrouvèrent pour les conférences de Québec en temps de guerre. Souvent qualifié d'hôtel le plus photographié du monde, il est la silhouette même de la ville, et son audioguide explique comment un hôtel en est venu à occuper l'emplacement du château des gouverneurs. Depuis la terrasse, le petit funiculaire du Vieux-Québec — en service depuis 1879 — vous dépose dans la Basse-Ville en moins d'une minute.
Vers Petit-Champlain et la place Royale
Si vous délaissez le funiculaire, empruntez l'escalier Casse-Cou, le plus ancien escalier de la ville et la porte du quartier Petit Champlain — l'une des plus vieilles rues commerçantes du continent, aujourd'hui une ruelle de boutiques, de bistros et de jardinières entre la falaise et le fleuve. Quelques pas plus loin s'ouvre la place Royale, où se dressait l'Habitation de Champlain et où le premier marché de la ville se tenait dès les années 1620 ; un buste de Louis XIV la surveille depuis 1686, et les maisons de pierre qui l'entourent ont été minutieusement restaurées à partir des années 1970 pour retrouver leur allure du Régime français. À son bord se tient Notre-Dame-des-Victoires, bâtie en 1688 sur l'empreinte même du poste de Champlain, malmenée par les canons britanniques en 1759 et reconstruite. Le Musée de la civilisation, tout près, est l'endroit où remettre en ordre quatre siècles de Québec avant de remonter.
La Citadelle et les plaines d'Abraham
Au sommet de la falaise se trouve la Citadelle de Québec, la forteresse en étoile que les Britanniques bâtirent entre 1820 et 1850 pour tenir les Américains à distance. C'est toujours une garnison active — le Royal 22e Régiment y est basé depuis 1920, un canon tonne à midi et, l'été, la relève de la garde se déroule sur la place d'armes — ainsi que la seconde résidence officielle du gouverneur général. Juste à côté, le parc des Champs-de-Bataille préserve les plaines d'Abraham, le plateau herbeux où, le 13 septembre 1759, une seule courte bataille décida que la Nouvelle-France deviendrait britannique ; c'est aujourd'hui la grande pelouse de la ville, et l'audioguide vous raconte en un quart d'heure ce qui s'y est joué. Franchissez les murs par la porte Saint-Louis et vous voilà sur la Grande Allée, avec l'hôtel du Parlement de style Second Empire devant vous.
Cathédrales, artistes et rue Saint-Jean
De retour intra-muros, la Haute-Ville est le cœur ecclésiastique de l'Amérique française. La basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec occupe son site sous une forme ou une autre depuis les années 1640, incendiée et rebâtie plus d'une fois, et elle est l'église mère de la plus ancienne paroisse catholique au nord du Mexique. Au coin, les peintres accrochent leurs toiles le long de la galerie à ciel ouvert de la rue du Trésor, et la rue Saint-Jean est là où la ville mange, boit et magasine — pavés et terrasses en deçà de la porte, le faubourg Saint-Jean-Baptiste, plus animé, au-delà.
Hors les murs : la chute Montmorency et l'île d'Orléans
La meilleure demi-journée hors de la ville se trouve douze kilomètres à l'est, où la chute Montmorency plonge de 83 mètres dans le Saint-Laurent — 30 mètres de plus que Niagara. Un pont suspendu en franchit la crête, des escaliers et un téléphérique relient le pied et le sommet, et l'hiver, les embruns bâtissent au pied le fameux « pain de sucre » de glace. De l'autre côté du pont, les fermes, vergers et cidreries de L'Île-d'Orléans gardent un rythme rural du XIXe siècle, tandis qu'un peu plus loin sur la côte, la basilique du sanctuaire Sainte-Anne-de-Beaupré attire les pèlerins depuis plus de trois siècles.
Se déplacer et quand venir
Le Vieux-Québec est compact mais vertical : attendez-vous à des rues escarpées, des escaliers et des pavés, et prévoyez de bonnes chaussures. Le funiculaire et l'escalier Casse-Cou sont les deux liens entre la Haute-Ville et la Basse-Ville. L'été apporte festivals et terrasses ; la fin septembre et le début octobre, les couleurs ; et l'hiver, avec le Carnaval de Québec et la neige sur les remparts, est la saison où la ville ressemble le plus à la carte postale. Quelle que soit la saison, un audioguide dans la poche transforme la marche d'un monument à l'autre en récit de la naissance de ce lieu.